Régionales,pour qui ne pas voter,on ne sait que choisir. Telle est
l’équation insoluble que les électeurs français doivent tenter de
résoudre dans les prochaines élections régionales.
Différents articles de presse mentionnent l’inquiétude croissante des
politiques face à ce qu’ils appellent la menace de l’abstention et à
l’indifférence des français aux arguments de tous ceux qui battent les
estrades depuis des semaines.
On ne sait plus qui ne pas choisir,tel semble être le sentiment
dominant à la veille de ces élections,qui visiblement n’intéressent et
ne mobilise pas grand monde.
Bien sur,il y a la tentation très forte,jusqu’en avoir des fourmis
dans les doigts de voter contre Sarkozy et tous les candidats de
l’UMP,la tentation de la claque ou de l’avertissement,mais alors voter
pour qui et pourquoi ?
Il suffit de discuter avec son voisin de palier ou son collègue de
travail pour mesurer l’ampleur du rejet que suscite la politique mise
en œuvre depuis des années,toute cette colère et cette frustration
accumulée et qui finira bien par trouver,d’une manière ou d’une
autre ,le moyen de s’exprimer.
En fait,tout se passe comme si dans ce pays et dans toute l’ Europe,la
résistance aux politiques destructrices de l’ Union européenne était
devenu le fondement le plus solide d’un rassemblement majoritaire et
que toute cette volonté de résistance était privée de tout moyen de
s’exprimer sur le plan politique.
Il y a mille et une manières d’étouffer un débat politique ou
l’esquiver,je crois que nous les avons toutes expérimentées à nos
dépens.
La première,consiste à priver le suffrage universel de la possibilité
d’infléchir ou d’influer sur les politiques mises en œuvre.
Nous avons,en France et en Europe,expérimenté ,à peu près tous les
gouvernements et toutes les coalitions possibles,nous avons connu
toutes les majorités ,toutes les cohabitations,des ministres
libéraux,radicaux,socialistes,communistes,verts….et toujours et
partout,une seule politique ,celle de l’ Union européenne,avec son
cortège de privatisations,de milliards offerts aux banquiers,de remise
en cause des droits sociaux et des services publics..
Il n’y a pas si longtemps,les différents pays d’Europe partageaient un
haut niveau de protection sociale,des services publics nationalisés
performants et efficaces et des salaires qui globalement permettaient
à chacun de mener une vie à peu près décente,comme tout cela parait
lointain aujourd’hui.. comme tout cela parait menacé.
.
Le plus extraordinaire dans la situation actuelle de l’ Europe,c’est
que nous sommes face à une transformation brutale et radicale de
toutes nos conditions d’existence,à un bouleversement de toutes nos
règles sociales,sans que les citoyens ne puissent s’exprimer sur la
pertinence de ces choix.
Tout se passe comme si les choix les plus brutaux,les politiques les
plus antisociales,s’imposaient avec une telle évidence,que le débat
n’était même pas nécessaire,que le réclamer était inconvenant et
ridicule.
Si vous écoutez attentivement tous ceux qui se présentent à ces
élections,aucun,y compris les plus à gauche,ne se prononce pour le
maintien de la retraite à 60 ans,de la durée actuelle de cotisations
pour un départ avec une retraite complète,pour le maintien des régimes
spéciaux et du Code des Pensions pour les fonctionnaires.
Au contraire,tous sont ouverts au débat,reconnaissent la nécessité
d’une réforme ,approuvent gravement l’existence d’un grave problème
démographique.
Un vrai tour de magie,Sarkozy a parlé et c’est comme si le droit à la
retraite n’avait jamais existé,comme si tout cela était
irrémédiablement obsolète et condamné.
Vous avez cru qu’après une longue vie de travail ,vous aviez le droit
à un repos mérité pour vous occuper de vos petits enfants ou jouer aux
cartes avec les potes… fini tout ça,de l’usine à la tombe ,c’est le
programme de la nouvelle Europe.
Tout ce à quoi nous avons cru depuis 50 ans,livré et abandonné sans
combat par ceux qui prétendent nous représenter..
Il serait bon pour la démocratie qu’au moins un des partis de gauche
qui se présentent à nos suffrages,se prononce clairement et simplement
pour le maintien intégral de tous les régimes de retraite existants,se
prononce pour le rétablissement de tous les services
publics,l’annulation de toutes les suppressions de postes dans les
écoles et les hôpitaux,l’augmentation générale des salaires,le
remboursement des milliards offerts aux banquiers et aux spéculateurs
et leur attribution à une politique de grands travaux..
Le plus effrayant dans la situation politique actuelle,est qu’un tel
programme puisse apparaitre comme radical,effrayant et porteur de
bouleversements,alors qu’il y a encore quelques années il faisait
l’objet d’un consensus général et qu’aujourd’hui même Besancenot ou
Mélenchon ont peur de le formuler.
Enfin,si la démocratie est si mal en point dans ce pays,c’est aussi du
fait de l’obstination de nos politiques à rester sourds et aveugles à
la signification réelle du vote des Français.
Ainsi ,nous avons cette situation extraordinaire où le soir de rejet
clair et explicite du Traité de Lisbonne,la victoire massive et sans
appel du Non,les propres partisans du Non viennent nous expliquer que
les Français ont voté pour plus d’Europe,qu’ils ne rejettent pas
L’Union européenne mais veulent une Europe plus sociale…et surtout un
nouveau Traité.
Dans le camp d’en face,celui des vaincus,on explique tout simplement
que ce vote ne changera rien,que les clauses du Traité de Maastricht
sont un cadre suffisant pour continuer à appliquer les Réformes contre
lesquelles le peuple souverain vient de se prononcer.
Nous ne parlerons pas de l’Irlande ou de l’abstention
massive,atteignant plus de 80% dans 7 pays de l’Union,tout se passe
comme si aucune remise en cause de l’Union européenne,sous aucune
forme que ce soit ,n’était admissible ou envisageable
Nous pouvons parler de tout,du réchauffement climatique,des droits des
pingouins,des gays ou des transexuels,mais tous les plans,toutes les
décisions,toutes les privatisations,toutes les destructions des
emplois ou des terres agricoles,tout sera poursuivi jusqu’à son
terme,jusqu’à la mise sous tutelle aujourd’hui de la Grèce et demain…
Alors demain,certains iront voter,d’autres,sans doute nombreux,vont
s’abstenir,il y aura des vainqueurs et des vaincus,mais surtout
beaucoup de frustration et d’attente.après des élections qui n’auront
rien changé
Parce qu’il faudra bien qu’un jour,d’une manière ou d’une autre,le
peuple puisse enfin faire entendre sa voix.
Il faudra bien qu’un jour,tous ensemble,nous mettions fin à cette
politique,qui a mis ce pays et ce continent à genoux.
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