A Shenzen, les imprimantes du Japonais Brother sont assemblées
uniquement par de jeunes Chinoises. Elles travaillent, mangent et
dorment sur place pendant trois à quatre ans.
« Ma vie, c'est l'usine. » Li est chinoise. Elle a entre 16 et 20 ans.
Elle a quitté sa campagne pour rejoindre la zone économique de
Shenzhen, où zones industrielles et immeubles poussent comme des
champignons. Elle travaille aujourd'hui dans l'usine du groupe
japonais Brother, implantée dans le district de Longgang.
En 2004, 1 million d'imprimantes à jet d'encre sont sorties de ce tout
nouveau bâtiment d'à peine un an d'âge. Il faut dire que Li et ses 5
000 collègues se donnent à fond durant les quelques années qu'elles
passent à l'usine.
Li vit là où elle travaille. Comme toutes ses collègues, elle mange
trois fois par jour à la cantine et dort 355 jours par an dans les
dortoirs. Ceux-ci sont regroupés dans trois barres d'immeubles situées
à quelques encablures des deux sites de production. Combien sont-elles
à partager ces chambres communes, dont l'entrée est interdite aux
visiteurs ? Entre huit et dix, de source officielle.
Une vie de reclus dans l'usine
En semaine, il est délicat pour Li de franchir la porte de l'usine,
surveillée par un garde en uniforme. Mais qu'irait-elle chercher
dehors ? Brother a recréé pour elle une vie « sociale » au sein de ses
murs : bornes Internet, kiosque à journaux, distributeur bancaire,
centre de soins, cours de japonais, salle de karaoké... Avec 1000 de
ses collègues, Li a même participé à une excursion organisée par
Brother dans un parc d'attractions.
Bref, Li passe la majorité de son temps dans son entreprise. En sortir
lui coûterait trop cher. Ne serait-ce qu'en transport pour quitter la
zone industrielle. Avec l'équivalent de 50 euros par mois - le Smic
chinois -, sa marge de manoeuvre est restreinte. De toute façon, elle
ne doit pas aller à l'encontre de la raison même de son sacrifice :
économiser assez d'argent pour assurer son avenir marital.
Pour ses patrons, le côté temporaire du séjour de Li dans l'usine est
une aubaine. Le turnover leur permet d'ajuster en permanence la masse
salariale à la production. « La plupart des employés restent trois à
quatre ans ici. Ils retournent ensuite à la campagne, dans leur
famille. Il nous est donc facile de réguler les effectifs. Et, en cas
de besoin, de le réduire sur une courte période », précise monsieur
Shimada, le directeur de l'usine.
La main d'oeuvre moins chère que les machines
Entre novembre 2004 et mai 2006, l'usine s'est séparée d'un millier
d'ouvrières. La production mensuelle, de 350 000 imprimantes, a chuté
d'un tiers. Li ne coûte pas cher, elle se fond parfaitement à la
culture de son entreprise. Elle fait mieux encore : elle travaille
beaucoup.
Li prend deux semaines de vacances par an - la durée légale - en mai
et en novembre. Son quotidien, lui, est rythmé par des cycles de 12
heures. « Dans la tranche de travail, les employées ont deux heures de
pause. Et une seulement lorsque l'activité le justifie », souligne un
contremaître.
Pas étonnant, dans ces conditions, que les cadres de l'usine aient
davantage misé sur les ressources humaines que sur les machines.
Rares, ces dernières ne servent que les processus de qualité et de
fiabilité : nettoyage par ultrasons, désoxydation de composants
métalliques, analyse de l'encre à l'aide de microscopes
électroniques...
Mais point de robotisation. « Nos modèles changent chaque année, voire
tous les deux ans en moyenne. Nous avons besoin de souplesse »,
justifie le même contremaître. Résultat : la chaîne de fabrication est
assurée par des rangées interminables de blouses et de bonnets bleus.
Les lignes d'assemblage se répartissent sur deux étages (environ 22
000 m 2 ). Selon le contremaître, la fabrication d'une imprimante
multifonction nécessite 160 opérations d'assemblage. Plusieurs
dizaines d'employées sont affectées à chacune d'elles. Li est debout
toute la journée. Son lieu de travail, lumineux, spacieux, est d'une
propreté impeccable. Un relatif confort pour elle.
Un encadrement masculin et japonais
Mais c'est aussi un moyen d'inspecter rigoureusement son travail.
Cette vérification est effectuée par les responsables qualité, coiffés
de casquette jaune, et par les contremaîtres, des hommes d'une
quarantaine d'années, japonais pour la plupart.
Ils sont une trentaine dans l'usine. Le contrôle de la productivité
est rythmé par des sonneries : toutes les 30 secondes - délai au terme
duquel une opération d'assemblage doit être achevée -, retentit dans
les enceintes une séquence de piano aux envolées lyriques de 10
secondes. Li sait alors si elle est ou non dans les temps.
Les conversations n'ont pas cours dans l'usine. Quand les étrangers
cherchent à la questionner, Li ne lève même pas la tête. Elle ne parle
d'ailleurs à aucune de ses collègues. Une politique maison ? « Non,
elles n'ont aucune instruction de ce genre, rétorque un contremaître.
Elles veulent juste travailler. De plus, elles ne parlent pas anglais.
» Elles sont supposées avoir l'équivalent du bac.
Des conditions identiques dans la région
Les conditions de travail de Li ne constituent pas un cas isolé. Elles
sont généralisables à l'ensemble des sites de production de la région
de Pearl Delta, entourant Hong-Kong. La vie dans l'usine de Brother
est même « plutôt clémente », à en juger par le rapport de l'ONG
britannique Cafod.
Consacré aux ouvriers chinois de la filière électronique, le document
fait état de pratiques édifiantes dans ce secteur : un seul jour de
repos par semaine, des journées de 12 heures de travail effectif, une
pression psychologique permanente, l'exposition à différents produits
toxiques, des retenues fréquentes sur salaire...
Ces conditions rappellent celles des « sweatshops », les ateliers de
confection du secteur textile. Nike et Gap ont dû reculer devant le
tollé provoqué par les révélations sur les pratiques esclavagistes de
leurs sous-traitants.
Partant du même principe que l'éthique passe par l'étiquette, la Cafod
a mené une campagne, baptisée « Clean up your computer », auprès des
consommateurs de matériel informatique. La pression a porté ses
fruits. Les trois plus grands noms de l'informatique - IBM, HP, Dell -
ont été les premiers à signer une charte sociale.
Le plus rigolo, c'est que c'est effectivement le rêve de Dassault.
Dans ses voeux 2010, ce dernier a écrit un gros article pour dire que
le pays était mal, car pas compétitif, et que pour le rendre
compétitif, il fallait adopter les mêmes méthodes que la Chine. Ainsi,
les Français version Dassault, seraient heureux et auraient du pouvoir
d'achat. Et puis surtout, avec deux semaines de congés, ils pourraient
même faire des économies. Tu bosse 12 ou 14 heures par jour, tu dors
et tu retourne bosser, un seul jour de congés par semaine... très
économique finalement la France à la Dassault ! On peut aussi faire
cotiser les ouvriers pour la retraite et faire bosser au delà de
l'espérance de vie, pour être encore plus compétitifs et bien
rémunérer les dirigeants, les ministres, la classe politique...
Source :
http://www.01net.com/editorial/285716/industrie/ch...