Billet publié par Alexey Sidorenko · Traduit par Claire Ulrich · Voir le billet en anglais Jusqu'à récemment, la blogosphère russe croyait n'avoir aucune couverture directe en russe de la situation à Haïti. Aucun blogueur russe ne semblait avoir été témoin du séisme. Puis les blogueurs ont découvert le blog de Youri Firsov [en russe], un officier russe d'Interpol en poste à Haïti. Youri Firsov est l'un des huit Russes en poste au sein de la police criminelle de l'ONU(Interpol) dans ce pays. Comme fonctionnaire de l'ONU, il se déplace d'un endroit à l'autre et trouve de temps à autre le temps de publier ses impressions sur son blog. Firsov est arrivé en Haïti au début du mois de décembre 2009, comme il l'a relaté de façon détaillée sur son blog. Son deuxième billet depuis Haïti a été publié le 14 janvier, deux jours après le premier séisme. Depuis, Firsov met à jour son blog presque quotidiennement, donnant ainsi à ses lecteurs russe une perspective de l'intérieur sur l'horrible tragédie. Voici ci-dessous les extraits les plus marquants de son blog [en russe]:
A peu près vers 16h45 … J'ai eu l'impression que ma Nissan (j'étais au volant) avait soudain perdu le contrôle, et j'ai eu l'impression de rouler sur une grille métallique. La voiture a glissé sur le côté gauche de la route…et sur la droite, comme dans un rêve, une très longue barrière en béton a commencé à ondoyer comme si elle était faite en coton imprimé et non pas d'énormes blocs de béton. Nous nous sommes arrêtés, et notre Nissan tremblait toujours…J'ai quitté la route - elle tremblotait graduellement sous nos pied. Même un idiot aurait compris ce qui se passait…J'ai compris moi aussi…pour être précis, nous trois avons compris qu'il s'agissait d'un tremblement de terre …une minute plus tard, j'ai vu que les maisons n'étaient plus cachées par le mur, elles n'avaient plus de toit et penchaient un peu de côté…Les gens ont commencé à courir et à se trainer sur la route. Beaucoup étaient couverts de sang. Deux jours plus tard, Firsov écrivait que tous les dirigeants de la police de l'ONU avaient péri [en anglais]. Les rues étaient en proie au chaos et à l'anarchie. De temps à autres, des répliques provoquaient la panique. Des cadavres enveloppés d'une étoffe étaient étendus à même les rues et les maisons ressemblaient à des compressions. Les secours n'étaient présents que près de quelques points de contrôle. La base de l'ONU avait du être transformée en hôpital. On pouvait y entendre les hurlements de ceux qui y étaient opérés et sentir l'odeur de la mort dans toute la base. Le 15 janvier, Firsov a écrit que ses collègues passent la nuit au bureau, car ils avaient trop peur de rester chez eux. Les employés laissaient leurs vêtements, leurs effets personnels et même des matelas à la base, pour ne pas avoir à rentrer dans leur maison qui pouvait devenir leur tombe à n'importe quel moment. Les cadavres étaient brulés pour éviter les épidémies.
En approchant de notre hôpital, nous avons vu un nuage de fumée qui couvrait presque tout un district, et l'odeur de chair brulée…D'autres corps enveloppés de tissus étaient étendus sur le trottoir, pas loin. La fumée, selon la direction du vent, couvrait soit la totalité du camp, ou était emportée au bout de la rue…Ouais, bon…Un voisinage pas facile. Youri a aussi décrit l'arrivée d'une femme avec deux enfants qui avaient passé 84 heures sous les décombres. L'infirmière qui s'est occupée des enfants a du les calmer, la mère étant elle-même trop choquée pour le faire. Youri a pris une photo du garçonnet épuisé et terrifié, se cachant sous un chiffon. Le 17 janvier, Firsov parle d'une de ses nouvelles habitudes, et du plus terrifiant dans un tremblement de terre :
J'ai une habitude, depuis la Yougoslavie. Quand je sors d'une voiture, je ne pose jamais mes pieds sur le trottoir et jamais sur l'herbe. Je regarde toujours où je pose les pieds où que j'aille, et là ou je suis à découvert. Après Haïti, je garderai l'habitude de regarder la position des lampes, et du niveau d'eau dans les verres. Ce n'est pas le tremblement de terre le plus effrayant, à moins, bien sûr, de rester prisonnier sous le toit…les conséquences sont les plus terrifiantes : chaos, destruction, douleur et victimes, démolition de tout ordre… Le 21 janvier, Firsov a raconté une patrouille dans le bidonville Cité Soleil, que certains décrivent comme l'endroit le plus dangereux d'Haïti. Mais la situation sur place était relativement calme. Il n'y a eu aucun coup de feu ni agression, assure Firsov :
A 9h30, nous étions à Cité Soleil. Des petites maisons serrées les unes contre les autres dans l'obscurité, beaucoup d'entre elles détruites, la plupart des gens dormant dans la rue…C'est pour ça que nous allions très doucement, en contournant des petits groupes de gens endormis…Les uns dormaient sur des draps, certains avaient des matelas, d'autre étaient juste allongés sur le ciment. La nuit, on aurait dit des séquences d'un film catastrophe et de science-fiction…les gens dans la rue, les structures des maisons à moitié détruites, des poutres nues à la place des toits. … Le 23 janvier, Firsov décrit les nombreuses répliques et le comportement des animaux, quelques heures avant.
Onze jours se sont écoulés depuis le tremblement de terre…Nous sommes retournés à Cité Soleil à 2 heures du matin…Soudain, les chiens se sont mis à hurler, les coqs à crier, et les ânes ont lancé leur cri inarticulé…Ce matin, j'ai été réveillé par les répliques, encore des répliques…Quelques secousses violentes m'ont fait sauter du lit…On dirait donc que les chiens hurlent quelques heures avant les répliques … Je ne suis pas arrivé à discerner quelque chose de régulier dans le comportement des animaux…Ou bien ils sont tous silencieux, vous faisant craindre le pire, ou hurlent tous ensemble, ce qui vous donne l'envie de vous enfuir à toutes jambes dans la rue, mais le résultat est le même….Une tremblement de terre, c'est comme une guerre où vous ne pouvez pas voir ou sentir l'ennemi…L'ennemi vous frappe brusquement, depuis le sous-sol, pour être précis…Tout le reste, ça dépend de vous - c'est chacun pour sa peau. Quand j'étais couché, la nuit, balancé doucement par les vibrations d'une réplique, je pensais que même dans une situation extrême – au Kosovo et en Bosnie -, quand il y avait des coups de feu, ou durant les émeutes au Timor, on n'éprouve pas des choses semblables, il n'y a pas cette peur animale, la peur de ne plus avoir aucun contrôle sur votre vie…quand il y a des coups de feu, l'adrénaline est pompée dans votre cerveau et vous pensez “nous allons voir qui va gagner”… mais ici… Auteur : Alexey Sidorenko - Source : Global Voices Réactions 1 éléments trouvés Page 1![]() A noter que Global voices a fait un travail formidable sur le séisme d'Haïti: http://fr.globalvoicesonline.org/category/world/americas/haiti/ Ils ont envoyé 2 personnes sur place: http://fr.globalvoicesonline.org/2010/02/02/28932/ On s'aperçoit d'ailleurs qu'il y a de grandes différences entre ce qu'a relaté Global Voices et ce qu'on a vu à la télé ou dans les journaux. Si les médias traditionnels insistaient lourdement sur la "violence" en Haïti, dans tous les billets de Global Voices, il était dit que cette violence n'existait pas sur le terrain. Du coup on en conclut qu'on est beaucoup mieux informés par les blogs que par les médias. 1 éléments trouvés Retour haut de page Page 1![]() |