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Le point de vue du commandant Pierre-Henri Bunel:

On nous rebat les oreilles avec ce que l’on appelle un « marronnier »
en langage journalistique : la question de la nationalité ; française
en l’occurrence.

Il faut noter que nous approchons d’élections et d’aucuns pensent que
des préoccupations électoralistes président à cette remise au premier
plan d’un débat qui ne sera sans pas moins houleux cette fois-ci que
chaque fois qu’on le relance.

Or, ce débat n’est pas nouveau et se pose à chaque période trouble de
l’histoire. Je voudrais apporter un peu de sérénité dans le tumulte
qui s’annonce et surtout, un peu d’équité. Je vais aborder cette
question avec mon tempérament, ma culture et ma ferme conviction que
je suis un français patriote qui n’a de leçon à recevoir de personne
en matière de sacrifices pour mon pay
s.

Et bien sûr, ma culture est celle d’un ancien militaire français qui a
tout sacrifié à son pays pour servir le peuple français avec honneur
et fidélité. Quoique puissent prétendre certains.

L’idée directrice de mon propos est qu’être français, cela se mérite.
Qu’on soit ou non né sur le sol de notre beau pays.

Je vais commencer par quelques rappels sous forme d’aphorismes et de
citations avant d’exposer ce que je pense de la question.

Et vous verrez que cette question de la nationalité dépasse largement
le cadre franco-français.

Quant à ma conclusion, elle est que la notion même de nationalité
française semble bien ne plus avoir beaucoup de sens dans
l’environnement européen qui est le nôtre.

Le texte intégral ici:

Un peu d’histoire vivante.

Citation N°1

Mai 1933. Mon père se présente au concours de l’École Spéciale
Militaire de Saint-Cyr. Parmi les épreuves auxquelles les recruteurs
de l’Armée de terre soumettent les candidats, il y a la dissertation
de français.

Cette année-là, le sujet est clair et répond à des préoccupations que
l’on comprend mieux avec le recul du temps. Alors que le 30 janvier de
cette année 1933, le nouveau chancelier Hitler a prêté serment, que le
Troisième Reich vient de faire irruption dans les relations
internationales, on soumet aux futurs Saint-cyriens le sujet de
méditation exprimé par cette affirmation : « C’est la cendre des morts
qui fait la Patrie ».

Six ans plus tard, des gouvernements dévoyés préfèrent le déshonneur à
la guerre et ils entraîneront ainsi leurs citoyens dans les deux.

Il faudra cinq années de malheur pour sortir de l’enfer, mais nombre
de braves gens ont laissé leur vie sur les champs de bataille et dans
les camps ; qu’ils soient de concentration ou de prisonniers.

On peut se demander ce qui a conduit le jury des examinateurs du
concours à imposer cette méditation aux futurs officiers de l’Armée de
Terre et de l’Armée de l’air. Car à l’époque, il n’existe pas d’École
de l’Air et un certain nombre d’élèves officiers choisissent
l’Aviation en sortant de Saint-Cyr.

L’impact de la Première Guerre Mondiale

La boucherie de 1914-1919 commence comme la dernière guerre du XIXe
siècle et se termine comme la première du XXe. On peut se passionner
pour les énormes progrès techniques qui ont conduit du matériel de
1914 à celui de 1939, mais c’est un autre débat qui occulterait une
réalité : quand les gouvernements deviennent fous, ce sont les peuples
qui meurent.

Citation N°2

Et je vais faire ici un emprunt à la culture des peuples d’Afrique
Noire : « Quand les éléphants se battent, c’est l’herbe qui souffre ».

Cette guerre de 14-19 va coûter à la substance vive de notre pays deux
millions de morts et d’innombrables blessés dont certains traîneront
leurs misères et leurs handicaps pendant des décennies. Or, parmi ces
millions de morts, on compte des centaines de milliers de soldats
français venus de l’empire colonial.

Il existe dans le camp de Suippes, en Champagne Pouilleuse, nombre de
lieux-dits qui conservent le souvenir de ces sacrifiés, officiellement
à la défense de la Patrie, mais aussi à des intérêts moins avouables.
Car toute guerre enrichit les industriels.

De même que les gouvernants français ont fait massivement appel, pour
monter au front, aux hommes sur lesquels ils avaient autorité, de même
les arsenaux ont largement fait appel aux industriels pour produire
sous licence les énormes quantités d’armes, de munitions et de
matériel de pointe qu’il a bien fallu payer en bel et bon argent. Je
ne connais pas d’exemple dans l’histoire d’industriel de la mécanique
de précision qui soit sorti appauvri d’une guerre. Au contraire,
surtout si son État client est dans le camp des vainqueurs.

Revenons aux souvenirs gravés dans le sol de Suippes. Sans parler du
monument aux morts américains, prenons simplement le nom d’un ruisseau
improbable qui porte le nom arabe de « Bahr al ghazal » et que les
Français qui en connaissent l’existence – il en reste – prononcent «
baralgazale ». Ce « fleuve de la gazelle » n’a jamais vu ni de près ni
de loin la moindre corne de gazelle. Ce sont des soldats nord-
africains qui lui ont donné ce surnom ; ironique, n’en doutons pas.
Ils pataugeaient, comme leurs camarades soldats français, dans une
boue glaciale, sous les coups de l’artillerie allemande, sous les
shrapnells et les obus chimiques qui prélevaient chaque jour leur
tribut sur ces hommes venus de l’autre côté de la Méditerranée, comme
des provinces de France métropolitaine. Et comme tous les autres
soldats français, ils cherchaient dans l’humour – cette politesse du
désespoir – des surnoms à leur enfer. N’y a-t-il pas, à quelques
kilomètres de là, un autre endroit du Camp de Suippes qui a gardé le
nom de « Boyau de la rigolade » donné par des poilus français ? C’est
de ce surnom qu’est venue l’expression argotique « se boyauter » qui
remplace parfois l’autre mot argotique « rigoler ».

Comme quoi, cette boucherie qui a enterré nos Anciens définitivement
pour certains d’entre eux, temporairement pour d’autres, a laissé des
traces dans ce qui fait la base de notre culture : la langue
française, même dans son volet populaire.

Certains des candidats au concours de Saint-Cyr de 1933 ont
parfaitement compris cet aspect de la Grande Guerre, à savoir que les
gens qui avaient été enterrés dans notre sol, même s’ils en étaient
ressortis, avaient gagné le droit de considérer la France comme leur
patrie.

Parmi ces étrangers, il en est qui servaient à titre étranger et non
dans les troupes françaises de l’Armée d’Afrique dans lesquelles
étaient englobées les unités de tirailleurs, de tabor et autres
Spahis. Il s’agit des militaires de la Légion Étrangère.

Il existe, au nord du camp de Suippes, un monument aux morts dédié à
tous les légionnaires tombés pendant cette boucherie. C’est une
Américaine richissime qui l’a fait ériger à ses frais. En mémoire de
son fils mort pour la France. Il n’avait pas attendu 1917 et l’arrivée
du corps expéditionnaire états-unien pour venir se battre chez nous.
Il avait pris les devants et, après être venu en France à ses frais,
il s’était engagé à la Légion. Cela l’avait conduit au sacrifice
suprême et lui avait donné de ce fait le droit de se considérer comme
Français. Même si d’aucuns vouent aujourd’hui TOUS les États-uniens
aux gémonies.

Ce français par le sang versé, comme tous les combattants non français
qui sont venus servir jusqu’au bout sans revendiquer d’autre droit que
celui de mourir pour nous qui vivons aujourd’hui, ce Français états-
unien, donc, avait pris dans toute son acception cette formule issue
des Lumières : TOUT HOMME A DEUX PATRIES, LA SIENNE ET LA FRANCE.

Citation N°3

Les militaires ne sont ni des traîneurs de sabres ni des buveurs de
sang. Certains sont même des poètes. Lorsqu’on a inhumé le soldat
inconnu sous l’Arc de Triomphe à l’issue de la « Der des Der », un
légionnaire a composé le poème suivant :

Qui sait si l’Inconnu qui dort sous l’Arche immense

Mêlant sa Gloire épique aux orgueils du passé
N’est pas cet étranger devenu Fils de France

Non par le sang reçu, mais par le sang versé.

On peut donc penser que les autorités qui présidaient aux destinées de
la France en 1933 pressentaient qu’il allait falloir, à brève
échéance, faire appel aux « Africains » pour défendre le sol sacré de
la Patrie.

Un phénomène qui dépasse la France

Je ne veux pas alourdir ces exemples, mais je ne saurais passer sous
silence d’autres phénomènes analogues dont certains perdurent malgré
les décolonisations.

Parlons d’abord des États-Unis, qui n’ont pas demandé à leurs soldats
débarquant en Europe en 1944 s’ils étaient Wasps – White Anglo-saxon
Protestant – hispano états-uniens ou peaux rouges. Sauf, en ce qui
concerne ces derniers, pour les faire communiquer par radio dans leurs
langues tribales ce qui a dérouté les opérateurs d’écoute allemands.

Venons-en ensuite à l’URSS qui n’a pas demandé aux unités qui ont
repris l’offensive contre la Wehrmacht et la Waffen SS, en donnant les
coups d’arrêt à Stalingrad ou sur la chaussée de Volokolansk avant de
se lancer dans de meurtrières marches en avant, si leurs soldats
étaient Tartars, Cosaques, Uzbek, Tcherkesses, Ukrainiens ou
Biélorusses. Lorsque les commissaires politiques les félicitaient pour
une bataille gagnée, ils répondaient par une clameur – dans un russe
parfois approximatif pour certains d’entre eux – « Nous servons
l’Union Soviétique ! »

On peut déplorer que, comme pour nos harkis, ces peuples « allogènes »
ne se soient vu reconnaître des droits de citoyens que fort tard. Et
il reste encore beaucoup à faire.

En Grande Bretagne servent encore deux

régiments de Gurkha népalais.
Ils vivent au Népal et viennent passer une période de service dans
leur unité au sein des forces armées royales. Or, depuis la fin de la
Guerre Froide, le nombre de guerres chaudes, sous forme de conflits de
basse intensité, s’est accru. Et comme la guerre est un sport
collectif de haut niveau où l’on peut difficilement tricher sur le
terrain, les soldats paient un tribut assez lourd sous forme de
blessures ou en laissant leur vie en terre étrangère. Que ce soit pour
la bataille du Kosovo de 1999, en Iraq ou en Afghanistan, nombre de
Gurkhas ont fait don de leur vie pour la Couronne au cours de la
dernière décennie. La Couronne sait reconnaître leurs mérites et
soutenir leurs familles, même si elles vivent au bout du monde.

Je précise tout de suite que c’est le lot ordinaire du soldat à la
guerre : tuer ou être tué. La responsabilité de lancer une armée dans
la guerre ne revient jamais aux militaires mais bien à leurs
dirigeants politiques. Mais ce n’est pas ici notre propos.

Des droits nés du devoir accompli.

De tous les exemples que j’ai pris jusqu’ici, je voudrais tirer une
conclusion : aucun de ces soldats français, qu’ils soient nés français
ou qu’ils le soient devenus par le sang versé, n’était citoyen à part
entière à la naissance. Car on ne naît pas français, on le devient.

Il est certain que dans l’état actuel de déliquescence de notre monde,
c’est devenu moins évident. Autrefois, l’homme né français ne pouvait
prétendre à la citoyenneté qu’une fois dégagé des obligations
militaires. Même aujourd’hui, il est obligatoire de se présenter à la
journée d’appel de préparation à la défense. Et cela touche tant les
hommes que les femmes. Cette formalité ma semble un bien faible tribut
en paiement de la citoyenneté.

Quels devoirs ?

En France, le vote est un droit, non une obligation. Si on parle « de
devoir citoyen » pour le fait d’aller aux urnes lors des consultations
électorales, il n’y a aucune sanction si l’on s’affranchit de ce
devoir. Ce qui galvaude la notion même de devoir.

Que reste-t-il pour justifier le droit à la citoyenneté ?

Je me le demande. C’est si vrai qu’on assiste à de plus en plus de
manifestations en faveur de la régularisation de gens qui sont sur
notre sol sans titre de séjour. Comme la citoyenneté ne coûte plus
aucun effort au citoyen français, celui-ci ne sent même plus le besoin
de la défendre comme une propriété chèrement acquise.

Ainsi, au risque de passer pour un franchouillard grincheux, voire
pire, je considère que pour devenir français, il faut le mériter.

Être français

Alors, qu’est-ce qu’être français, à mes yeux, au moins ?

D’abord, c’est participer à l’œuvre générale que constitue le projet
national.

Aïe ! Quel projet national, alors que soixante-dix pour cent des
textes législatifs français sont imposés à nos députés par une Union
Européenne aux contours flous et qui n’a pas de projet de société ?

Car l’économie n’est pas un projet de société. L’économie n’a rien
d’une science. Comme la médecine, c’est un art. Comme tout art, on
peut la dévoyer. Cet art devrait s’insérer dans un projet de société
dont elle serait simple contributeur.

Or, un projet de société ne se crée pas ex nihilo. Il doit partir des
acquis de l’histoire pour avoir des bases solides. Les ombres du passé
sont les promesses de l’avenir, c’est pourquoi les peuples qui n’ont
pas d’histoire n’ont pas d’avenir.

Faut-il refuser toute importation culturelle ?

Certainement pas, si elle peut apporter une amélioration à l’avenir et
au devenir des Français. L’étymologie de notre langue montre qu’elle
s’est toujours enrichie des apports culturels les plus éloignés de nos
bases gallo-romaines. Nous avons des « toubibs », du « jaja », des «
moujiks », des « week-ends » ; même si je préfère le mot « courriel »
au mot anglais qui évoque immanquablement à mes yeux ces œuvres d’art
que sont les émaux.

J’emploie de façon courante les mots « drache » pour une averse d’un
type particulier, ou « slotche » pour cette neige fondue aigre, grise
et sale, qui colle aux chaussures et qui empoisonne les rues des
villes en hiver. Parce qu’il n’y a pas de mot français ayant
exactement le même sens que ce mot québécois.

Des apports extérieurs parfois indispensables

Je suis interpellé en ce moment par une réaction que j’ai lue sur
l’Internet à propos de la « moralisation » des activités financières.
Il s’agit de l’évocation des principes de la banque islamique. Comme
les religions chrétiennes l’ont fait pendant longtemps, les religions
musulmanes interdisent le prêt à intérêt.

Je ne suis pas naïf, il existe sûrement des banquiers musulmans qui
prêtent à intérêt par des moyens détournés. Mais ce n’est pas le
principe normal de fonctionnement d’une banque islamique. Le principe
que sont sensés respecter les financiers musulmans pour faire de
l’argent repose sur une idée qui me semble tout à fait valable : le
banquier doit être le partenaire de l’industriel à qui il prête. Il
prend une part dans un projet et perçoit les revenus qui correspondent
à sa part d’investissement, un fois que les bénéfices ou les déficits
de l’aventure à laquelle il a participé sont dits « consolidés ». Si
le projet réussit, il touche une juste rémunération qui correspond à
de l’argent réellement créé. Si le projet échoue, il prend sa part des
pertes. Ainsi, il ne participe pas à la création de fausse monnaie.

Or, un économiste français, non musulman, a reconnu trouver de
l’intérêt à la mise en application de ce principe.

Nous voyons bien, en ce moment, que ce n’est pas ce qui se passe dans
les activités financières du marché mondial tel qu’il se relance. Une
banque prête une somme fixe à un taux fixé par contrat. Si le projet
capote, le banquier se paie « sur la bête », sans s’occuper des
conséquences pour les salariés de l’entreprise.

En outre, pour assurer leur protection, les financiers « titrisent »
la dette, c’est-à-dire qu’ils la revendent à d’autres financiers après
camouflage du risque. On a vu où cela nous a conduits en 2007, mais
cela faisait des années que nous étions un certain nombre
d’observateurs – voire d’acteurs – à dénoncer ce qui était en train de
se préparer. Si le prêt à intérêt avait été interdit, la bourse – et
les prix – n’auraient pas connu les envolées aberrantes qui ont été
les leurs pendant des décennies.

Le bon sens voulait qu’il soit impossible de comprendre comment les
titres boursiers pouvaient pendre en moyenne une vingtaine de
pourcents par an dans une économie mondiale qui croissait de deux et
demi pourcent au cours de la même période. Lorsque j’interpellais les
financiers de mon entourage sur ce sujet, on m’expliquait avec
commisération que je ne comprenais rien à rien et qu’il suffisait
d’investir dans les « niches » à haut rendement. Or, au même moment,
on nous rebattait les oreilles avec la mondialisation et sa libre
circulation des flux financiers.

Il me semble que, avec ce qui se passe à nouveau dans les milieux
financiers, ce sont eux qui n’ont rien compris.

Cette histoire de banque est l’exemple concret d’un emprunt à une
conception médi-orientale qui pourrait apporter une amélioration à un
système qui intéresse tout le monde.

Il faut des frontières

Voilà un autre truisme : les frontières sont une nécessité. Pour
imposer des valeurs, qui sont à la base de tout projet de société quel
qu’il soit, il faut délimiter le champ géographique d’application
desdites valeurs.

Et il faut que ces frontières soient imperméables à certaines
influences extérieures. Pour que ces frontières soient viables, il
faut aussi qu’elles entourent des zones qui ont des valeurs en commun.
Un pays, une entité politique, réunit un ou des peuples qui partagent
un même mode de vie général. Encore n’est-il pas si général que cela.

Le mode de choix du dirigeant fédérateur, des représentants du ou des
peuples, l’organisation des pouvoirs exécutif, législatif et
judiciaire ainsi que les interactions de ces trois pouvoirs, c’est
cela qui définit une organisation politique.

Or, ces notions simples de droit constitutionnel génèrent des
différences fondamentales entre des pays qui semblent pourtant fort
proches les uns des autres.

L’élection du président au suffrage universel paraît une évidence aux
Français depuis la réforme de la constitution de 1958, adoptée en
1962. Pour nos amis états-uniens, cette idée même est une incongruité
constitutionnelle. Et je ne parle même pas de nos amis britanniques
qui n’ont pas d’autre constitution que la Magna Carta qui date de la
fin du Moyen-Âge.

En ce qui concerne l’autorité judiciaire, l’idée même de la procédure
inquisitoire, la notion de l’intime conviction du juge, semblent pure
barbarie aux pays qui utilisent la procédure accusatoire, où c’est un
jury populaire qui prononce l’inculpation et où la preuve est la seule
religion des prétoires. Comme en Grande Bretagne ou aux États-Unis. On
voit bien que ce n’est pas pour demain qu’on verra une cour de justice
européenne qui puisse fédérer toutes les formules judiciaires des
vingt-sept pays de l’Union.

On a pulvérisé les frontières

Il existe un décalage profond entre les principes du Conseil de
l’Europe, fondement du droit communautaire tel qu’il est devenu
aujourd’hui, et les principes du droit français tel qu’il s’applique
dans les tribunaux de notre pays. C’est ce qui explique que nombre des
décisions d’inculpation – n’ayons pas peur des mots, l’expression «
mise en examen » n’est que de la langue de coton pour faire croire à
une évolution – ou de conduites de procédures mises en œuvre par les
tribunaux français soient l’objet de condamnations par la Cour
Européenne des Droits de l’Homme.

Ainsi, les frontières françaises ne sont-elles plus imperméables, dans
un domaine qui est pourtant un attribut fondamental de la souveraineté
du peuple français. Car la justice se rend dans les tribunaux « au nom
du peuple français ».

Il est un autre domaine, attribut régalien par excellence, pour lequel
la notion de France a disparu, c’est le pouvoir de battre monnaie.
Avec une banque centrale européenne indépendante, ce pouvoir
fondamental est orphelin. Il n’y a plus de frontière monétaire en
Europe. De la même façon, les limites de l’espace Schengen ont fait
voler en éclat la notion de contrôle aux frontières nationales,
puisque lorsque quelqu’un est entré légalement dans l’espace Schengen
par un pays qui l’a laissé passer, tous les autres pays doivent le
laisser circuler librement.

Faisons un point :

- Soixante-dix pour cent des textes de lois débattus au parlement
français sont d’origine européenne, donc étrangère.

- Les décisions de justice françaises sont susceptibles de recours
devant une cour de justice étrangère, puisque de l’Union, dont les
décisions s’imposent à nos tribunaux.

- Le franchissement de nos frontières nationales par des étrangers à
l’Union est un droit garanti par les règles de l’Union elle-même.

Voici, pour chacun des trois pouvoirs fondamentaux sur la séparation
desquels reposent les constitutions françaises depuis 1789, un exemple
flagrant de la destruction des nos frontières nationales par la
construction européenne.

Autant dire que nos frontières françaises ne peuvent plus jouer le
rôle, qui devrait être le leur, de délimitation de la zone
d’application des principes fondamentaux du projet de société
français, s’il en existait encore un.

On peut donc se demander pourquoi le gouvernement français, qui est
plus un gestionnaire d’affaires courantes que le moteur d’évolution
d’une société française qui se construit et évolue depuis la fin de
l’Empire Romain, a lancé cette « grande consultation » sur une
question mal posée.

Conclusion iconoclaste.

L’Union européenne s’est attribué, avec la complicité des
gouvernements des pays membres, de plus en plus de pouvoirs qui
ressortissent en principe aux souverains nationaux. C’est-à-dire, en
France, au peuple français.

Par le scélérat traité de Lisbonne, elle impose un modèle économique
qui aura valeur de principe fondamental de l’organisation économique.
Ainsi, l’économie sera source de lois au lieu de rester « sujet de
droit ». Elle va continuer à asservir les peuples au lieu de les
servir, ce qui devrait être son rôle. L’adoption de ce traité est le
fruit de la trahison des aspirations des peuples européens par les
décideurs politiques pour plaire à des financiers apatrides qui se
garderont bien de moraliser leurs activités.

Si l’Union européenne avait une véritable existence politique, à
l’intérieur de frontières définies, je pourrais admettre que je suis
un vieux chnoque et qu’il est temps de passer à une entité nationale
supra française.

Or, nous l’avons vu, rien de ce qui permet de réunir des individus
différents autour de principes fondamentaux commun n’existe en Europe.
Donc il n’existe pas de nation qui serait l’Europe.

Comme il n’existe pas de pays ni de nation « Europe », nous ne sommes
pas prêts de voir germer un projet européen de société » dans lequel
nous pourrions tous nous reconnaître.

Des frontières, cela se défend

Avec l’adoption du traité de Lisbonne, nous avons délégué la défense
de nos frontières à l’Otan, c’est-à-dire aux États-Unis.

J’ai déjà expliqué ailleurs dans ce site les implications des réformes
des armées nationales, en particulier française et britannique.

Je sais bien que, dans l’éternelle Capoue où vivent nos concitoyens
gavés de biens de consommations made in China, la notion même de
défense armée fait figure d’archaïsme.

Pourtant, regardons le monde qui nous entoure. Il est la
preuvetangible que dans tout pays il y a une armée : la sienne ou
celle de l’occupant. L’Otan a ceci de redoutable qu’elle a transformé
nos armées nationales en troupes de supplétifs de l’armée états-
unienne. Ainsi, nous aurons nous-mêmes à nous punir de nos « déviances
» si tant est que nos troupes ne soient pas occupées à se faire trouer
la peau à nos frais avec le sang de nos soldats pour défendre des
intérêts qui ne sont plus français.

Ainsi, si nous décidons un jour d’imposer par la force la laïcité sur
la voie publique, c’est-à-dire d’interdire le port de vêtements dits «
cultuels » qui ne relèvent d’aucun précepte religieux réel mais
servent à une propagande sectaire, nous risquons fort de nous trouver
condamnés par la cour européenne des droits de l’homme, l’ONU, ou
carrément l’Otan.

Etnous risquons donc de voir notre pays condamné à subir le sort des
Serbes, diabolisés pour avoir refusé les diktats de la conférence
islamique – on ne parlait pas encore de AlQâeida qui existait pourtant
déjà – soutenue par l’administration Clinton.

Je ne vise pas particulièrement le niqab musulman, d’ailleurs. Si le
Sheikh de l’université AlAzhar du Caire est parti dans une «
croissanade » contre le voile intégral, c’est bien parce qu’il ne
relève pas des préceptes du Coran. Je suis prêt à en discuter, Coran
en arabe à l’appui. Le port d’un voile intégral est une manifestation
de dévoiement de l’islam en islamisme, à savoir le passage d’un rite
religieux – le respect de la pudeur – à l’activisme politique de la
branche dure de la conférence islamique, que les propagandistes états-
uniens néo-conservateurs ont baptisé AlQâeida. C’est contre cette
déviance que s’est insurgé le recteur de AlAzhar.

Ce qui m’amuse, d’ailleurs, c’est que, lors des premières histoires de
voile islamique dans les écoles de Creil, et autres, en région
parisienne, les doctes commentateurs de presse ont parlé de « tchador
». J’avais ironisé, discrètement parce que j’étais encore officier
d’active, sur le fait que ce mot n’est pas dans le Coran puisqu’il
s’agit d’un mot farsi. Iranien, donc. Ensuite, on a parlé de « niqab
». Mais les gosiers européens prononcent ce mot d’une manière bizarre,
« nikab », qui ne veut rien dire à proprement parler mais fait penser
un arabe un peu lettré à « une affliction », ou « une catastrophe ».

Maintenant qu’il faut justifier la présence, à nos frais et avec leur
sang, de nos soldat en Afghanistan, on nous parle de … burqa. Qui
n’est toujours pas un mot arabe et n’est donc pas dans les textes de
référence de l’islam, que ce soit le Coran ou les Hadith du Prophète.

Mais si vous voulez savoir les risques que font courir les atteintes à
la laïcité à un pays comme le nôtre, souvenez-vous que Mme Albright
est venue faire la leçon à nos députés pour dénoncer les activités de
l’observatoire sur les sectes. Le but inavoué de « la vache folle »
était en fait de soutenir discrètement la prétendue « église » de
scientologie dont notre justice a évoqué les pratiques qui relèvent de
la manipulation mentale et de l’escroquerie.

Alors, que les gens souhaitent manger halâl ou casher, ou bien qu’ils
acceptent de payer fort cher des pratiques pseudo magiques, c’est leur
droit. D’ailleurs mes amis israélites ou musulmans savent bien que je
respecte leurs pratiques alimentaires et que mes condamnations ne vont
qu’aux dérives illégales des activistes sectaires.

En revanche, je trouve inadmissible qu’une ancienne ministre des
affaires étrangères d’un autre pays vienne se mêler du fonctionnement
de la France.

Si l’on veut que les croyants de toutes obédiences aient la liberté de
leurs cultes ou de leurs pratiques, il faut que tout le monde respecte
des lois communes. À savoir la laïcité.

Et la laïcité consiste « à ne pas être emmerdé par la croyance des
autres », pour paraphraser le député des Yvelines Jacques Myard. Les
croyances doivent rester du domaine privé, qu’elles soient
philosophiques ou religieuses. Les croyants peuvent exposer leurs
convictions mais ne doivent pas tenter de les imposer.

J’aime beaucoup discuter avec les francs-maçons, les juifs, les
musulmans, les chrétiens voire les agnostiques ou les athées. Je
reçois toujours avec courtoisie les Témoins de Jéhovah. Même si je ne
partage pas tous les points de vue de mes interlocuteurs, car pas plus
qu’une rivière à sa source le sceptique ne revient à sa crédulité
initiale, je trouve toujours intéressant d’entendre d’autres points de
vue que les miens. Je suis homme et rien de ce qui est humain ne doit
m’être étranger.

Mais pour que ceci puisse être, il faut que chacun respecte la liberté
d’autrui et les règles communes.

 Si j’aime bien voir, lors des iftar où je suis invité, les femmes
musulmanes chez elles en vêtements traditionnels ou, lors les fêtes
juives comme Soukkot, les femmes juives dans leur pratique, je n’aime
pas voir sur la voie publique l’affirmation ostentatoire d’une
position religieuse qui tourne à la manifestation sectaire. C’est mon
point de vue.

Alors, messieurs du gouvernement, avant que de nous sonder sur ce
qu’est pour nous « être français », commencez par définir, en accord
avec nous si possible, un projet français de vie en société, à
l’intérieur de frontières qui définissent le domaine d’application
dudit projet.

Faute de quoi, nous assisterons encore à des palabres creuses où tout
un chacun exprimera ses griefs et ses fantasmes au lieu de présenter
comment il pourrait s’inscrire avec sa culture dans ledit projet
commun. Vous aurez une fois de plus amusé la galerie pour quoi faire ?

Être français, pour moi, c’est d’abord avoir le droit de vivre en
France, par le sang reçu ou bien par la sueur ou le sang versé.

Ensuite, c’est adopter la culture et la langue françaises, notre
héritage historique et donc adopter les « Gaulois » comme ancêtres,
même comme ancêtres adoptifs.

Enfin, c’est souscrire à un projet de société française et surtout aux
principes communs qui régissent notre pays.

Alors, qu’on soit noir, jaune bleu, blanc ou rouge n’a plus qu’une
importance relative. Et si les nouveaux Français parlent avec un
accent différent de celui des îles françaises, de l’Alsace, de la
Touraine, des pays d’oïl ou de Bretagne, du moment qu’ils parlent
français, on se comprendra toujours.

J’aime bien parler créole – celui de Guadeloupe est celui que je
maîtrise le mieux – mais aussi arabe, allemand ou anglais. Mais c’est
en général en français que j’écris. Et lorsque je parle français, ce
qui est le plus fréquent, j’ai soin de ne pas parler un volapük de
franglais. Et surtout pas de langue « végétale », qu’elle soit de bois
ou de coton.

 Ne fais jamais rien contre ta conscience, même si l\'Etat te le demande

Le mental intuitif es un don sacré et le mental rationnel est un serviteur fidèle. Nous avons créé une société qui honore le serviteur et a oublié le don.

Albert Einstein


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